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Année 2022-Homélie pour la solennité de la Pentecôte (JA).

 Veni Sancte Spiritus.


Nos cœurs et nos âmes doivent être comme des coupes dans lesquelles le Saint-Esprit verse le vin précieux de ses dons et qu’il remplit jusqu’au bord. Ne soyons pas des coupes vides ni des coupes remplies d’un vin venimeux.

 

 


« Veni, Sancte Spiritus », viens Saint-Esprit, nous avons chanté dans la séquence juste avant l’Evangile en cette fête de la Pentecôte.

« Veni», viens!
Ce mot a une histoire. Avant la naissance du Christ, il était dans la bouche du peuple juif. Le Rédempteur s’appelait : « Celui qui doit venir ». C’est pourquoi Jean le Baptiste demande : «Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?»
Les chrétiens adoptèrent ce petit mot et en firent l’expression de leur désir de la parousie, de la seconde venue de notre Seigneur. Les anges, le jour de l’Ascension, avaient déjà dit du Seigneur monté aux cieux : « Il viendra de nouveau… » Au cours des premiers siècles de l’Eglise, on terminait chaque prière par ce vœu ardent : « Maranatha », c’est-à-dire, viens, Seigneur.Il n’est pas étonnant que l’Église ait introduit ce mot dans sa liturgie. Rappelons-nous les grandes antiennes « O » du Temps de l’Avent, qui implorent la venue du Sauveur :
Ô Sagesse, de la bouche du Très-Haut,… Viens, Seigneur, nous enseigner le chemin de la prudence… / – Ô Adonai, chef de ton peuple Israël,… Viens, Seigneur, nous délivrer… […] / – Ô Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice : Viens, Seigneur, illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort. / – Ô Emmanuel, notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations : Viens nous sauver, Seigneur, notre Dieu.
Nous comprenons que l’Eglise se serve du même mot pour implorer la descente du Saint-Esprit.
Ici, se pose une question : Le Saint-Esprit n’est-il donc pas parmi nous? Au baptême c’est la Sainte Trinité qui est venu habiter dans notre âme ; par le sacrement de la confirmation nous avons reçu à nouveau l’Esprit Saint. A quoi bon, dès lors, implorer sa venue? Oui, il est parmi nous et, pourtant, il faut qu’il vienne à nous. Autrefois, Jean le Baptiste pouvait dire aux chefs du peuple juif en parlant du Messie : « Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ».
On peut en dire autant du Saint-Esprit. Il demeure dans l’Eglise, dans l’âme, et, pourtant, nous ne le connaissons pas : nous mettons des obstacles à son action. La force est là, mais elle est liée, elle dort.
Le petit mot « Veni », viens, veut donc dire : Déploie ta puissance, brise les entraves que la volonté humaine met à ton action, purifie-nous de nos péchés.

« Veni, Sancte Spiritus », viens Saint-Esprit.
Examinons brièvement le nom du Saint-Esprit. Le Christ l’appelle volontiers Paraclet. Ce mot se traduit de deux façons : « avocat ou consolateur ». Paraclet car « il est la bonté même de Dieu ; il est Dieu », nous dit saint Bernard.
Cependant, le Seigneur l’appelle deux fois Saint-Esprit. La séquence donne encore une série de surnoms : père des pauvres, distributeur des dons, lumière des cœurs. On le nomme aussi, volontiers, le doigt de la main droite de Dieu. Mais son nom ministériel est: Saint-Esprit. Ce nom est pour nous une exhortation à être saints et spirituels. Nous ne pouvons porter le Saint-Esprit en nous que si nous tendons à la sainteté, que si nous sommes des hommes spirituels, et non des hommes charnels.
« Car vous êtes encore des êtres charnels –disait saint Paul aux Corinthiens–, puisqu’il y a entre vous des jalousies et des rivalités, n’êtes-vous pas toujours des êtres charnels, et n’avez-vous pas une conduite tout humaine ? » (1 Cor 3,3)
Et dans l’épître de saint Jude (19) nous lisons : « Ce sont ceux qui provoquent des divisions, hommes sensuels, n’ayant pas l’Esprit ».
« Mais le fruit de l’esprit –affirme saint Paul–, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi » (Galates 5-22 et 23).

« Veni, Sancte Spiritus », viens Saint-Esprit.
Remplis les cœurs de tes fidèles. Nous trouvons déjà ce mot : remplir, dans le récit de la fête : « ils furent tous remplis de l’Esprit-Saint ». Nos cœurs et nos âmes doivent être comme des coupes dans lesquelles le Saint-Esprit verse le vin précieux de ses dons et qu’il remplit jusqu’au bord. Ne soyons pas des coupes vides ni des coupes remplies d’un vin venimeux. Si nos cœurs sont remplis d’amour propre, de présomption, d’égoïsme, le Saint-Esprit ne pourra verser son vin précieux.
Quel est ce vin précieux ? C’est donc l’amour qui est le don du Saint-Esprit : le saint amour de Dieu et du prochain. « Allume en eux le feu de ton amour » chante la séquence. Le Christ dit du Saint-Esprit : « Il prendra du mien ». La charité est le précepte du bon Jésus ; maintenant, c’est celui du Saint-Esprit : de ton amour. Cet amour est un feu, c’est pourquoi le Saint-Esprit est apparu sous la forme de langues de feu ; nous serons « baptisés dans l’Esprit-Saint et dans le feu ». Le feu brille, chauffe, brûle et purifie.

Que le Saint-Esprit daigne aujourd’hui être ce feu, qu’il chasse les ténèbres de nos cœurs, qu’il en réchauffe la froideur, qu’il brûle tout ce qui est vain et coupable, qu’il purifie notre âme afin que nous ressemblions d’avantage au bon Jésus.

Recueillie avec Marie, comme lors de sa naissance, l’Eglise prie aujourd’hui : « Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et embrase-les du feu de ton amour ! ».

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