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Année 2023-Homélie pour le 20ème dimanche du temps ordinaire (JGA).

Notre mission, dans la réalisation du projet de Dieu sur tous les hommes, est de témoigner de la présence du Christ et ainsi d’attirer à lui ceux qui ne le connaissent pas encore. Nous allons célébrer l’alliance nouvelle scellée dans le Sang du Christ, répandu «pour vous et pour la multitude». La multitude, ce sont tous ceux que le Christ veut sauver et nous nous lui demandons d’opérer son Salut sur une multitude d’hommes et de femmes du monde entier.

 


Tous les textes de cette messe, y compris le psaume, parlent des gentils, des païens, de ceux qui viennent des nations, autrement dit de ceux qui ne sont pas du peuple de l’Alliance, d’Israël. C’est de grande actualité.

La façon dont Dieu veut sauver les hommes est très étonnante. Il s’est d’abord formé un peuple propre, au sein de l’humanité. C’est Israël, le peuple juif, le peuple de l’alliance avec Dieu. D’emblée, ce peuple a une vocation universelle, en ce sens que les peuples païens, les nations de la Bible, ont vocation à le rejoindre. C’est la parole adressée au départ à Abraham: « Par toi seront bénis tous les peuples de la terre; je ferai de toi le père d’une multitude de nations » (Gn 12, 3 ; 17, 6). Dès le temps de la première alliance, des étrangers, des païens, qui ne sont pas de la descendance d’Abraham, sont agrégés au peuple de l’Alliance. C’est ce qu’évoque la première lecture tirée de la fin de la prophétie d’Isaïe: « Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur et s’attachent fermement à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 6-7).

Mais la façon dont Dieu veut faire entrer tous les peuples dans son alliance, c’est par la venue du Sauveur, le Messie, Jésus, Dieu fait homme, qui va sceller dans son Sang une nouvelle alliance avec les hommes de tous les peuples et pas seulement avec ceux du peuple juif. L’Evangile de saint Mathieu que nous avons lu illustre parfaitement ce passage d’une alliance à l’autre: Jésus ouvre la voie du salut à cette femme syro-phénicienne, autrement dit libanaise, et s’extasie devant sa foi. Avec le Christ, l’accès au Salut est désormais offert à tous les hommes.
Cependant la plus grande partie du peuple d’Israël ne reconnaît pas en Jésus le Messie qu’il attend. Quelqu’un à proposé cette tentative de solution: oui, le Christ est le Messie, l’envoyé de Dieu, mais pour les païens, pas pour les juifs. Il serait venu pour étendre la révélation et l’alliance biblique aux nations, mais pas pour les juifs qui possédaient déjà ces choses. C’est une tentative absurde. Jésus, nous l’avons entendu, dit à la cananéenne d’avoir été envoyé avant tout pour les brebis perdues d’Israël. En effet un nombre non négligeable de juifs découvrent en Jésus le Messie qui est venu (c’est pourquoi on les appelle des «juifs messianiques»). Nous devons alors prier pour la conversion du peuple juif.

Il ne faudrait pas croire que la réalisation de ce dessein de Salut nous soit extérieure. Elle nous concerne directement; nous n’en sommes pas spectateurs, mais acteurs. Car aujourd’hui, où les non-chrétiens peuvent-ils rencontrer Jésus comme autrefois la femme syro-phénicienne? Ils rencontrent Jésus en ses membres, que nous sommes, nous qui formons l’Eglise, le corps du Christ. Pour rejoindre la tête, il faut passer par les membres. Dieu veut que les hommes qui ne connaissent pas le Christ puissent le rencontrer en personne. C’est pourquoi il a ce comportement un peu choquant à l’égard de cette femme: il veut la conduire à cette confession de foi qui suscite son admiration. Elle se met à crier : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David. Ma fille est tourmentée par un démon ». Et voilà la première douche froide. Il est écrit que Jésus « ne lui répondit rien». Ce sont les apôtres qui interviennent pour intercéder en sa faveur, non pas tant par amour pour la femme, mais plutôt parce qu’elle les suit sans cesse. « Donne-lui satisfaction car elle nous poursuit de ses cris ! ». Deuxième refus net de Jésus : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Face au refus, la femme répond en intensifiant sa prière : «Seigneur, viens à mon secours !». Troisième phrase dure: « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». A ce point-là, n’importe qui serait parti exaspéré. Pas la cananéenne. Elle prend plus de place à chaque nouvelle ligne de l’Evangile: «C’est vrai Seigneur, reprit-elle, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres». Jésus, qui s’est retenu avec peine jusque là, ne résiste plus et crie: «Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux !». «Et, à l’heure même sa fille fut guérie».

Mais que s’est-il passé pendant ce temps? Un autre miracle, bien plus grand que la guérison de la fille.
Cette femme est devenue « croyante », une des premières croyantes issues du paganisme. C’est pourquoi les théologies qui justifient la pluralité des religions, comme si c’était le dessein de Dieu, sont fausses et dangereuses; elles contredisent le projet de Dieu que tout homme puisse rencontrer le Christ. «La pérennité de l’annonce missionnaire de l’Eglise est aujourd’hui mise en péril par des théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux», écrivait le Cardinal Ratzinger le 6 aout de l’an 2000 dans la déclaration «Dominus Iesus», approuvée par le Pape Jean Paul II. Et encore le Cardinal : «On répète aussi souvent la négation de l’unicité et de l’universalité du mystère salvifique de Jésus-Christ. Cette position n’a aucun support biblique. Il faut en effet croire fermement, comme un élément permanent de la foi de l’Eglise, la vérité sur Jésus-Christ, Fils de Dieu, Seigneur et unique sauveur, qui par son incarnation, sa mort et sa résurrection a accompli l’histoire du salut, dont il est la plénitude et le centre. Il faut donc croire fermement comme vérité de foi catholique que la volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifestée et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l’incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu. Il existe donc une unique Eglise du Christ, qui subsiste dans l’Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui. Avec l’avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l’Eglise par lui fondée fût l’instrument du salut de toute l’humanité».

Alors, voilà notre mission dans la réalisation de ce projet de Dieu sur tous les hommes. Nous devons nous efforcer de témoigner de la présence du Christ et ainsi d’attirer à lui ceux qui ne le connaissent pas encore. La lumière du Christ a vocation à resplendir dans l’Eglise, comme la lune reflète la lumière du soleil, selon une vieille image patristique. Si l’Eglise, c’est-à-dire les fidèles, brille de la lumière du Christ, alors immanquablement des syro-phéniciens de tous horizons viendront pour s’y abreuver. Et cela vaut pour la célébration d’aujourd’hui. Nous allons célébrer l’alliance nouvelle scellée dans le Sang du Christ, répandu «pour vous et pour la multitude». La multitude, ce sont tous ceux que le Christ veut sauver et nous nous lui demandons d’opérer son Salut sur une multitude d’hommes et de femmes du monde entier.

Comme elle est étonnante cette façon que Dieu a de procéder. C’est pourquoi il nous faut relire les lignes de saint Paul qui suivent la révélation qu’il nous fait de cette conduite divine: « Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles » (Rm 11, 33).

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