Aller au contenu

Année 2021-Homélie pour le 21ème dimanche du temps ordinaire (JGA).

En même temps ?       
Croire, c’est se fonder uniquement sur Dieu, lui seul est notre vraie sécurité. La confiance totale au Christ issue de la foi en sa Parole est l’unique réponse juste à son amour insondable pour nous.

 


« Celui qui court deux lièvres à la fois n’en prend aucun » (Erasme).
Un chasseur qui voudrait tirer sur deux lièvres en même temps est sûr de rentrer  bredouille, car ces derniers s’enfuient chacun dans des directions opposées. Les chasseurs savent qu’il ne leur faut chasser qu’un lièvre à la fois. L’expression est ainsi née pour montrer qu’il ne sert à rien de vouloir faire plusieurs choses contradictoires en même temps : ça se finit toujours mal. Un homme politique de notre époque a rendu célèbre cette attitude en employant une expression qui est devenue ensuite un leitmotiv de ses discours et de sa pensée : « en même temps ».

C’est bien cette hésitation perpétuelle entre les deux termes d’une alternative que vise notre première lecture du livre de Josué (Jos 24, 1-18) : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur ».
Le prophète Elie adressera lui aussi des paroles semblables au peuple d’Israël qui s’était éloigné du Seigneur :
« Elie se présenta devant la foule et dit : « Combien de temps allez-vous danser pour l’un et pour l’autre? Si c’est le Seigneur qui est Dieu, suivez le Seigneur ; si c’est Baal, suivez Baal. » Et la foule ne répondit mot » (1 R 18, 21).

Cette indécision est le marqueur de l’immaturité spirituelle d’Israël. Avouons qu’elle est toujours de notre époque : les soi-disant voyants, sorciers et autres guérisseurs et charlatans pullulent pour exploiter la crédulité grandissante des gens ne sachant plus qui croire. La question de la vérité disparaît au profit de la tolérance, érigée en idole du vivre-ensemble. Dès lors, toutes les opinions, toutes les mœurs, toutes les religions se valent et chacun peut naviguer de l’une à l’autre selon les opportunités, selon ses intérêts, comme cela lui chante. Or le Bon Dieu n’aime pas le « en même temps » parce qu’il est polythéiste. Faire croire qu’on peut tout choisir en même temps, c’est tomber dans le piège du relativisme où se dissolvent les convictions. Cependant, les catholiques parfois paraissent à l’aise avec ce « en même temps ».

A y regarder de près, Jésus quant à lui n’est pas très à l’aise avec ce « en même temps ». Il demande à ceux qui le suivent de choisir entre lui et la richesse ( le jeune homme riche), lui et le culte des morts («laisse les morts enterrer leurs morts»), lui et la famille de sang («qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi»). Il exige que ses disciples fassent des choix courageux : «vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent» ; «qui n’est pas avec moi est contre moi» ; «il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes» ; «secouez la poussière de vos pieds»…

Notre attachement au Christ ne sera pas possible sans détachement de tout ce qui peut nous asservir. Pour suivre le Christ, les apôtres ont du tout abandonner. Choisir le Christ comme valeur suprême, c’est présupposer aussi notre consentement à ce qu’il nous façonne lui même.
La foi, qui est un attachement au Christ – unique Maitre et Amour unique – demande que nous nous tournions vers lui en tant que valeur suprême. L’attachement total au Christ requiert la liberté du cœur donc le rejet de la servitude de Mammon. L’Evangile dit : «Nul ne peut servir deux maitres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon» (Mt 6, 24). Il y a deux maitres, Dieu et Mammon, il n’y en a pas un troisième. C’est ce que dit la plus haute autorité, Jésus-Christ. Le rapport d’un maitre à l’autre est un rapport de contradiction radicale. L’Evangile constate clairement : «Ou bien il haïra l’un et aimera l’autre». Si l’on aime un maitre, on hait l’autre. Et plus loin : «Ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre». Si tu t’attaches à l’un, tu dois mépriser l’autre. C’est une constations très catégorique. Nous ne pouvons donc nous attacher au Christ et le servir tout en servant Mammon, quoique nous soyons toujours exposés à la tentation de consentir un compromis et de concilier ce qui ne peut être concilié. Croire, c’est se fonder uniquement sur Dieu, lui seul est notre vraie sécurité. La confiance totale au Christ issue de la foi en sa Parole est l’unique réponse juste à son amour insondable pour nous. Le Seigneur n’aime pas le «en même temps», dans le livre de l’Apocalypse il lance cette menace :  «Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche»  (Ap 3, 16)

Alors, laissons Josué nous réveiller à nouveau ce dimanche : «choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir !», et réécoutons le Christ dans notre Evangile (Jn 6, 60-69) qui nous demande de choisir ou de partir, mais non de rester dans l’entre-deux : «Voulez-vous partir, vous aussi ?» L’indécision n’est pas éthique. C’est de l’infantilisme (spirituel, politique, psychologique). Une éthique de la décision suppose le courage de choisir, donc de renoncer, d’éliminer. Ne pas décider est la pire des irresponsabilités.

«Voulez-vous partir, vous aussi ?». Que notre réponse soit celle de Saint Pierre : «Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.  Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu.».

Faire défiler vers le haut