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Année 2020- Homélie pour le 21ème dimanche du temps ordinaire (JGA).

Tu es le Christ.
Comme Pierre et les apôtres, notre foi oscille entre deux pôles: reconnaissance de la suprématie du Maître – il est toute notre vie – et difficile acceptation de la Croix. Si souvent, nous souhaiterions suivre Jésus sans souffrir; à la limite, nous acceptons, dans la foi, qu’il nous sauve par la Croix, mais nous avons du mal à accepter nos propres croix.

Sources :
Frère Serge-Thomas Bonino, http://toulouse.dominicains.com;
Frère Renaud Silly, http://toulouse.dominicains.com ;
Père Nicolas Bossu, http://www.lectio-divina-rc.fr/;
Saint Augustin d’Hippone, Les Confessions 10, 27.


Une ville païenne au pied de la montagne: Jésus choisit un lieu très particulier, Césarée de Philippe, pour y poser à ses disciples la question-clé de l’évangile, «Pour vous, qui suis-je?» (Mt 16,15). «Pierre lui répond: « Tu es le Christ »» (Mc 8, 29). Que voilà un magnifique exemple d’acte de foi. Je vous propose aujourd’hui de regarder d’un peu plus près, d’analyser – en quelques points – cet acte de foi, c’est-à-dire cette démarche par laquelle le chrétien adhère à la Parole de Dieu et lui remet rien moins que toute sa vie.

Premier point, la foi est une réponse.
«Pierre lui répond: « Tu es le Christ »». L’initiative du dialogue n’est pas venue de Pierre; elle est venue de Jésus. Jésus a fait le premier pas. Par ses paroles et par ses actes, il a laissé filtrer quelque chose de son identité profonde. Et il nous met en demeure de prendre position. Personnellement. «Pour vous qui suis-je?».

Deuxième point. Nous avons des raisons de croire.
Pas des raisons aveuglantes, pas des raisons contraignantes, mais des bonnes raisons. Si Pierre répond à Jésus: «Tu es le Christ», c’est que, depuis leur première rencontre, il a écouté Jésus prêcher, il a regardé Jésus agir et aujourd’hui, il arrive à la conclusion: «Tu es le Christ». Jésus a rempli le cahier de charges : guérison, exorcismes, multiplication des pains, résurrection ; sa prédication s’accompagne de signes et de prodiges qui en attestent l’authenticité. Pour qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, le message est clair: Jésus est le Messie.

Mais – troisième point -encore faut-il avoir des yeux pour voir!
Car tous ont vu les signes du Royaume mais tous n’ont pas cru. D’où vient la différence? «Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang – la chair et le sang c’est l’homme dans sa fragilité, l’homme laissé à lui-même -, mais elle t’est venue de mon Père qui est dans les cieux.» (Mt 16, 17). Nul ne peut croire sans la grâce, sans cette lumière intérieure qui vient de Dieu et qui nous permet de dépasser les apparences pour rejoindre la réalité profonde des choses.

Toutefois, – quatrième point -, pour accueillir cette lumière intérieure de la foi, il faut la désirer.
Il y a, disait Pascal, assez de lumière pour ceux qui veulent croire et assez d’obscurité pour ceux qui ne le veulent pas. Pour croire, il faut avoir envie de croire. Et pour avoir envie de croire, il faut aimer et désirer la Vie, la vraie Vie. Regardez Pierre. A Capharnaüm, Jésus avait tenu des propos si raides que «beaucoup de ses disciples se retirèrent». «Jésus dit alors aux Douze: ‘Voulez-vous partir, vous aussi?’ Simon-Pierre lui répondit: ‘Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jn 6, 66-68).
Ecoutez Saint Augustin: «Tard je T’ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle ; tard je T’ai aimée. Tu étais au-dedans de moi et moi j’étais dehors, et c’est là que je T’ai cherché. Ma laideur occultait tout ce que Tu as fait de beau. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec Toi. Ce qui me tenait loin de Toi, ce sont les créatures, qui n’existent qu’en Toi. Tu m’as appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité. Tu as montré ta Lumière et ta Clarté a chassé ma cécité. Tu as répandu ton Parfum, je T’ai humé, et je soupire après Toi. Je T’ai goûté, j’ai faim et soif de Toi. Tu m’as touché, et je brûle du désir de ta Paix. Amen !»

Magnifique acte de foi, mais, cinquième et dernier point, cet acte de foi doit sans cesse être réactualisé.
La foi n’est jamais acquise une fois pour toutes. Là encore, revenons à l’Evangile. Sous l’action de l’Esprit, Pierre vient de confesser que Jésus est le Messie, le seul maître et seigneur de sa vie, mais voilà que très vite la chair et le sang reprennent le dessus. Pierre projette sur Jésus l’idée toute humaine qu’il se fait, lui, du Messie. La réaction de Jésus est cinglante: «Passe derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes» (Mc 8, 33). «Malheureux es-tu, Simon, fils de Jonas car ces idées ne te sont pas venues de mon Père qui est dans les cieux mais de la chair et du sang». Passe derrière moi, c’est-à-dire reprends ta place de disciple, car un bon disciple ne prend pas les devants, ça marche derrière son maître, sans prétendre lui tracer la route. Comme Pierre et les apôtres, notre foi oscille entre deux pôles : reconnaissance de la suprématie du Maître – il est toute notre vie – et difficile acceptation de la Croix. Si souvent, nous souhaiterions suivre Jésus sans souffrir; à la limite, nous acceptons, dans la foi, qu’il nous sauve par la Croix, mais nous avons du mal à accepter nos propres croix.

Nous aussi, parce que nous avons la foi, nous suivons Jésus au plus près, pas à pas. Là où il va, nous allons. C’est ainsi qu’au terme nous aurons la Vie éternelle. Nous l’avons. Crois-tu cela?

«Mourir avant l’âge n’est pas un malheur pour celui qui a su remplir d’éternité ses jours éphémères. Est-ce de vivre ou de durer qui compte le plus ? Tout le monde admet qu’un explorateur des pôles ou des tropiques court plus de risques qu’un retraité qui se promène dans son jardin; on pense que le jeu en vaut la chandelle, et personne ne considère son entreprise comme absurde ou malfaisante s’il échoue ou s’il meurt en route. Pourquoi donc ce bénéfice qu’on accorde à l’explorateur du monde visible, le refuse-t-on à l’explorateur des réalités invisibles? Le monde de l’âme et de l’esprit a aussi ses pôles et ses tropiques: pourquoi voudrait-on qu’ils soient aussi confortables et aussi favorables à la conservation de l’existence que les zones tempérées ?»(Le social et le divin – Gustave Thibon).

Ainsi soit-il.

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