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Année 2020-Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur (JA). Le baptême de la France.

Le baptême de la France : La France est catholique ou elle n’est plus la France.
«Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon Nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre ».
Source : Association Notre Dame de Chrétienté, « Le baptême de Clovis comme baptême de la France ».

 


En ce jour nous contemplons et fêtons le Baptême de notre Seigneur Jésus Christ. C’est aujourd’hui que Jésus a sanctifié les eaux pour qu’elles aient à leur tour la vertu de sanctifier les âmes, de les consacrer par le bain du baptême. Je voudrais profiter l’occasion pour parler d’un baptême tout particulier : le baptême de la France.

A l’origine de la transformation de la Gaule en France, il y a d’abord Clovis. Sans Clovis, sans ce Franc, la France ne serait pas ce qu’elle est. Elle ne porterait pas même son nom. La France doit son nom à Clovis, ce qui est déjà une forme de baptême ! Et cela n’est possible qu’à partir du moment où, par son baptême, Clovis établit l’unité de son royaume sur la foi catholique. Par son baptême, Clovis unifie et rend officiellement catholique une nation dont les différents peuples avaient déjà souffert pour leur foi catholique. Le baptême de Clovis est celui de la France comme nation.
Le baptême de Clovis est un acte lourd de conséquences parce que Clovis est roi. Il modifie le sens de notre histoire. Ce baptême royal permet que la Gaule engendre la France. Les peuples païens qui habitaient la Gaule sont devenus la France en acceptant le baptême chrétien. La grâce que reçoit Clovis à son baptême préside au don du royaume, qui est un don de Dieu. Ce royaume s’appellera la France, puisque Clovis est un Franc. Ce baptême fonde à la fois le royaume chrétien, territoires et hommes, et la royauté chrétienne telle qu’elle va désormais se définir.

Mais, une nation peut-elle être baptisée ? Baptême de Clovis, baptême de la France, l’analogie s’applique fortement. Le baptême de Clovis est un événement fondateur de notre civilisation, comme point de départ d’une amélioration constante des mœurs, des coutumes, des pratiques de ce peuple rude, cruel et barbare, mais fort, qu’étaient les Francs. Grâce à lui, s’opère la synthèse des populations dont la France est issue, sous le patronage du christianisme. Les effets du baptême se font sentir sur la France comme telle. C’est lui qui a permis à la France de devenir, par la suite, le pays des cathédrales et des grands ordres monastiques, celui de la chevalerie chrétienne et des croisades. Tant que la France demeure fidèle aux engagements de Clovis aux fonts baptismaux de Reims, ce qui émane d’elle est marqué du sceau de la grâce.
On se souvient de la parole de Notre Seigneur Jésus-Christ à ses apôtres, à la fin de l’Evangile selon saint Matthieu (28, 19) : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » ? Le terme de « nations » dans son sens biblique désigne tous les peuples non-hébreux. Il s’agit de baptiser des êtres humains.
Quand on parle du baptême de la France, il s’agit bien aussi de la nation-France comme ensemble des âmes qui lui appartiennent et non d’une quelconque entité géographique ou politique, encore moins d’une figure mythique de ce pays. Les nations sont l’objet de soins divins comme les âmes (d’ailleurs on parle également de « l’âme de la nation ») ce qui les apparente à des personnes. D’ailleurs Dieu a attribué un ange gardien à chaque nation. C’est ainsi que, en 1916 à Fatima, l’ange qui visite les trois pastoureaux à l’arneiro, le puits familial au fond du jardin des Santos, se présente comme « l’Ange du Portugal » : « Attirez la paix sur votre Patrie, leur dit-il. Je suis son Ange Gardien, l’Ange du Portugal ».
La mission de notre sainte Jeanne d’Arc est incontestablement une mission nationale, destinée à soulager la France comme nation des maux issus de l’incertitude successorale et de l’occupation étrangère. C’est la France en tant que telle qui est l’objet des sollicitudes du Ciel, cette France née de la conversion de Clovis et baptisée avec lui à Reims.
Depuis Clovis, en France le roi est le père du royaume, le chef des chefs de famille. Quand le père est chrétien, la famille l’est ; quand le père et la mère sont baptisés, la famille est baptisée. Telle est la vérité que la mythologie laïque (le laïcisme) cherche à taire et que le baptême de Clovis met en pleine lumière : l’Etat n’est pas, en France, né de la sécularisation du pouvoir mais tout au contraire de la rencontre providentielle du trône et de l’autel, de l’alliance féconde du temporel et du spirituel. C’est ce qui fait que la France est bien, de ce strict point de vue, « la fille aînée de l’Eglise », puisque l’Etat français en est issu. Et qu’elle a été baptisée.
Ce qui est plus embarrassant encore pour la laïcité c’est qu’en embrassant non l’arianisme mais la foi du concile de Nicée, Clovis embrassait contre toute logique, non la foi des puissants et des vainqueurs, mais la religion majoritaire sur le territoire de la Gaule.
En se plaçant ainsi dans les traces de saint Hilaire de Poitiers, de saint Martin de Tours, de saint Germain d’Auxerre et de sainte Geneviève, il ouvrait la voie à la fusion des Gallo-Romains avec les Francs en un seul peuple dans le creuset d’une foi commune.

On peut donc, à bon droit, parler analogiquement de « baptême de la France », dans la mesure où la France est née de celui de Clovis, où son identité s’est affirmée, au commencement, et contre l’arianisme, dans la reconnaissance commune de la divinité du Christ.
La piété populaire a eu raison de proclamer que Jésus-Christ est le vrai roi de France, puisque la France fut d’abord le royaume de ceux qui croyaient en Lui, contrairement aux ariens. Ainsi, la France a été marqué par la Providence et investi d’une mission : celle d’être le soutien de l’Eglise et l’instrument de l’évangélisation.
Voilà pourquoi Saint Pie X pouvait, au nom du Christ, s’adresser ainsi à la France (au cours de son allocution consistoriale du 29 novembre 1911) : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, mon Nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre ». On ne peut lire cette exhortation sans y entendre l’écho du Christ envoyant ses Apôtres baptiser toutes les nations.
Et plus récemment saint Jean-Paul II s’adressait aussi à la France en disant : « France, fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ?».

Demandons à Notre Dame, Reine de France, tant de fois apparue en France, qu’elle nous aide à garder pure la foi de notre baptême ; qu’Elle intercède pour la France afin qu’elle redécouvre son identité et sa mission au sein de l’Église.

Ainsi soit-il.

 

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