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Année 2019-Homélie pour la solennité du Christ, Roi de l’univers (JGA).

Le dévouement du chrétien au Christ- Roi.
Envers cette royauté nous avons des devoirs à remplir. Nous avons, avant tout le devoir général et radical de la dépendance, parce que la dépendance est corrélative à la souveraineté. Nous signalons trois grands devoirs, qui nous obligent, comme sujets, envers notre Christ- Roi : le devoir de le croire, de lui obéir et de l’aimer.

Sources:
Père Théotime de Saint Just, omc, La royauté sociale de N. S. Jésus-Christ d’après le cardinal Pie.
Père Célestin Joseph Félix, sj, La Royauté de Jésus-Christ.

 


 

Le Pape Benoît XV l’a déclaré hautement (Allocution au  Sacré-Collège, Noël 1917) : «c’est l’athéisme légal  érigé en système de civilisation qui a précipité le monde dans un déluge de sang». Le Cardinal Mercier, archevêque de Malines, faisant écho à la parole pontificale, écrivait dans sa pastorale de 1918: «Le principal crime que le monde expie en ce moment, c’est l’apostasie officielle des États. Aujourd’hui les hommes investis de la mission de gouverner les peuples sont ou se montrent , officiellement indifférents à Dieu et à Son Christ. Je n’hésite pas à proclamer que cette indifférence religieuse est le blasphème, qui, plus encore que les fautes des individus et des familles, appelle sur la société le châtiment de Dieu».

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de Jésus-Christ roi des Nations. Réfléchissons donc sur ce dogme fondamental de notre foi.

Jésus-Christ est le Roi des nations.
Le 8 novembre 1859, le grand Cardinal Louis-Édouard Pie, évêque de Poitiers, prêchant à Nantes le panégyrique de saint Émilien, en prenait occasion pour poser magnifiquement la thèse du Christ-Roi : «Jésus-Christ, disait-il, est roi ; il n’est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne Lui assure Sa qualité et Ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs  ? Jésus est à la veille de mourir : Pilate lui demande : Vous êtes donc roi ? Vous l’avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle ». Et faisant siennes les paroles de Bossuet, le Cardinal Pie continue : «Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n’entendez pas le mystère. Quoi que l’on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu’ils sont en exécution d’un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses ; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts ; et vous, Romains, maîtres de la terre ; venez lire cet admirable écriteau ; fléchissez le genoux devant votre Roi».
«Entendez les derniers mots que Notre Seigneur adresse à Ses apôtres, avant de remonter au ciel : Toute puissance M’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement : Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu’Il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie Ses apôtres et Son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous Sa doctrine et Sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de Jésus-Christ devant les nations et les rois et les fils d’Israël». Ainsi, Jésus-Christ donne à Ses apôtres la mission officielle de prêcher son règne social, bien plus, Il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. Il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Notre Père. « Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Notre Père qui êtes dans les cieux, que Votre nom soit sanctifié, que Votre règne arrive, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel». Ces trois demandes se résument  en une, celle du règne public, social de Jésus-Christ, car, explique le Cardinal Pie, le nom de Dieu ne peut être sanctifié pleinement et totalement s’il n’est reconnu publiquement, la volonté divine n’est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n’est pas accomplie publiquement et socialement. Et il conclut : «Le chrétien, ce n’est donc pas comme semble le croire et comme l’affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n’est donc pas un être qui s’isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu’il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d’ici-bas. Le chrétien, c’est le contre-pied de cela. Le chrétien, c’est un homme public et social par excellence, son surnom l’indique : il est catholique, ce qui signifie universel. Jésus-Christ, en traçant l’oraison dominicale, a mis ordre à ce qu’aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d’intelligence et selon l’étendue de l’horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre. Et comme assurément les œuvres de l’homme doivent être coordonnées avec sa prière, il n’est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s’emploie activement dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle».
«Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu’homme, a conquis Sa royauté à la sueur de Son front, au prix de Son sang ». Le grand évêque ramène ainsi à deux les titres de Jésus-Christ à la royauté : le droit de naissance et le droit de conquête.

Envers cette royauté nous avons des devoirs à remplir. Nous avons, avant tout le devoir général et radical de la dépendance, parce que la dépendance est corrélative à la souveraineté. Nous signalons trois grands devoirs, qui nous obligent, comme sujets, envers notre Christ- Roi : le devoir de le croire, de lui obéir et de l’aimer ; le devoir de le croire, parce qu’il est l’infaillible vérité, et qu’à ce titre il a droit de régner sur nos intelligences ; le devoir de lui obéir, parce qu’il est la suprême autorité, et qu’à ce titre il a droit de régner sur nos volontés, le devoir de l’aimer, parce qu’il est le souverain amour, et qu’à ce titre il a droit de régner sur nos cœurs. Nier pratiquement un seul de ces trois devoirs, c’est renier pratiquement Jésus- Christ.

Jésus-Christ est un roi, chef et conquérant, et, à ce titre, il nous demande à nous, ses soldats, le service, et pour ce service, notre dévouement absolu et sans réserve :  pour le suivre lui et son drapeau, dans la guerre qu’il veut faire à Satan et à tous ses suppôts ; pour vaincre Satan et son drapeau, dans la guerre qu’il déclare depuis le commencement du monde, et aujourd’hui surtout, à Jésus-Christ et à tous les siens.
Bref, notre Christ-Roi nous demande, non plus seulement de le croire, de lui obéir et de l’aimer, il nous demande de nous dévouer à lui sans réserve, pour restaurer et défendre, contre tout ce qui l’attaque, son règne dans l’humanité. Comment, sans renier à la fois son baptême, sa confirmation et sa communion, le chrétien pourrait-il refuser à son Christ-Roi le dévouement qu’il lui demande ? Le dévouement qu’attend de nous notre Christ-Roi, c’est le dévouement du soldat, prêt à le suivre, à le servir et à l’aider dans tous les combats.
«Combat, dit Saint Paul à Timothée, comme un vaillant soldat de Jésus-Christ». (II Timoth., II, 3). Quatre siècles plus tard, un autre vaillant soldat de Jésus-Christ, saint Jean Chrysostome, exposait avec une rare éloquence cette loi du christianisme : « O chrétien, montre ton courage et ta force et combats. Souviens-toi de l’engagement que tu as pris, et de la milice dans laquelle tu t’es enrôlé ». Le dévouement à Jésus-Christ est comme la quintessence du vrai christianisme.

Que Jésus-Christ est Roi est une vérité particulièrement importante dans l’histoire et pour le destin de la France. Nous pouvons affirmer que la proclamation de la Royauté sociale du Christ a été le but principal de la vie de la grande héroïne Sainte Jeanne d’Arc. Admirons ce trait de la vie de Jeanne : Pour bien prouver au roi qu’il n’est que le lieutenant de Jésus-Christ, elle lui fait cette demande extraordinaire : Gentil roi, il me plairait avant de descendre dans le cercueil, d’avoir votre palais et votre royaume. – Oh ! Jeanne, répond Charles VII, mon palais et mon royaume sont à toi. – Notaire, écrivez, dit la Pucelle inspirée : Le 21 juin à 4h. du soir, l’an de J.-C. 1429, le roi Charles VII donne son royaume à Jeanne. – Écrivez encore : Jeanne donne à son tour la France à Jésus-Christ. – Nos seigneurs, dit-elle d’une voix forte, à présent c’est Jésus-Christ qui parle : Moi Seigneur éternel, Je la donne au roi Charles. Cet acte authentique d’une importance capitale dans l’histoire de France était la raison des voix de Jeanne d’Arc, c’est pour arriver à cet acte, qui paraît étrange, qu’Orléans fut délivré, et que la royauté un moment comme anéantie fut sacrée de nouveau à Reims. Le Père Coubé, qui a bien étudié l’âme de Jeanne d’Arc, a écrit avec beaucoup de justesse : « L’établissement de la royauté du Christ sur la France, voilà la grande idée et la profonde mission de Jeanne d’Arc. Ce n’est pas là une conception de mon esprit que je lui prête arbitrairement. C’est bien son programme à elle, celui qu’elle expose partout avec une netteté lumineuse et qui ressort de tous ses actes comme de toutes ses paroles ».

Aussi, tous vous direz, dans une résolution suprême : « Ah ! pour nous catholiques, l’hésitation ne peut pas être. Le drapeau de Satan se lève devant le drapeau de Jésus-Christ ! Mon choix est fait, je prends le drapeau et l’armure de mon divin Roi, et je marche à la défense du règne de Jésus-Christ et à la destruction du règne de Satan ».

Donc, ouvrons-lui tout d’abord notre propre cœur, pour qu’il y règne et commande à tout. Et puis, armés pour le combat de son incomparable force, ouvrons-lui dans tous les cœurs un chemin triomphal, et faisons qu’il y règne, pour leur bonheur et pour sa gloire.

Amen.

 

 

 

 

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